2026.08.23
Comment prendre de meilleures décisions ?
On prend des décisions tous les jours. Certaines n’ont presque aucune conséquence, d’autres peuvent complètement changer notre trajectoire. Et pourtant, on essaie souvent de les prendre en cherchant la bonne réponse, comme si elle existait quelque part.
Mais dans la plupart des décisions importantes, on n’a jamais toutes les informations. L’enjeu n’est donc pas d’être certain, mais d’avoir un meilleur processus pour décider malgré l’incertitude.
Après plusieurs lectures sur le sujet, j’ai essayé de résumer une manière de prendre une décision importante en trois questions : 1. Quel est mon objectif ? 2. Quelles sont mes chances de l’atteindre ? 3. Comment faire pour augmenter ces chances ?
Ça paraît très simple, mais ces trois questions regroupent une grande partie de ce que je retiens de Thinking in Bets, Clear Thinking et How to Do Great Work.
1. Quel est mon objectif ?
Avant de chercher la meilleure décision, il faut déjà savoir ce qu’une « bonne décision » signifie pour toi. Parce qu’une décision n’est jamais bonne dans l’absolu. Elle est bonne par rapport à ce que tu cherches à obtenir.
Tu peux vouloir maximiser ton salaire, construire une grande carrière, avoir beaucoup de liberté, entreprendre, voyager, avoir du temps pour ta famille…
Le problème, comme l’explique Shane Parrish dans Clear Thinking, c’est qu’on poursuit parfois des objectifs qu’on n’a jamais vraiment choisis : par ego, par pression sociale ou simplement par inertie.
Une question permet de tester ça :
Si personne ne pouvait voir mon choix, est-ce que je choisirais toujours la même chose ?
Si oui, tu commences probablement à définir ton propre jeu.
Et c’est ensuite que le first principles thinking devient utile. Au lieu de demander « qu’est-ce que les autres font pour réussir ? », demande-toi : « maintenant que je sais ce que je veux, qu’est-ce qui est réellement nécessaire pour l’obtenir ? »
Ton objectif devient alors le filtre à travers lequel tu peux évaluer toutes les décisions suivantes.
2. Quelles sont mes chances de l’atteindre ?
Une fois l’objectif défini, il faut accepter quelque chose de beaucoup moins confortable : tu ne sauras jamais avec certitude si ta décision est la bonne.
Dans Thinking in Bets, Annie Duke compare la vie au poker : tu peux parfaitement jouer une main et perdre. À l’inverse, tu peux très mal jouer et gagner. Donc : bonne décision ≠ bon résultat. Une bonne décision augmente simplement tes probabilités d’obtenir le résultat que tu recherches.
Imaginons que ton objectif soit de devenir Product Manager chez Meta. Au lieu de demander « est-ce que je vais réussir à rentrer chez Meta ? », demande-toi : « avec ma situation actuelle, quelles sont mes chances ? » 20 % ? 40 % ? 70 % ?
Le chiffre sera forcément approximatif. Ce n’est pas grave. Ce qui est intéressant, c’est ce que cette estimation t’oblige à faire ensuite.
Si tu dis 60 %, tu dois aussi regarder les 40 % où ça ne fonctionne pas. Pourquoi pourrais-tu avoir tort ? Manque d’expérience ? Mauvaises compétences ? Pas de réseau ? Mauvais parcours ? Trop de concurrence ?
Tu peux même aller plus loin avec un premortem :
Imaginons que dans trois ans j’aie échoué. Pourquoi ?
L’objectif n’est pas de prédire parfaitement l’avenir. C’est de regarder honnêtement ce qui joue pour toi et ce qui joue contre toi. Et c’est précisément cette analyse qui permet de passer à la question la plus importante.
3. Comment augmenter mes chances de réussite ?
Si tu estimes aujourd’hui tes chances à 30 %, la vraie question devient : « qu’est-ce que je peux faire pour passer de 30 % à 50 % ? » Et là, tes décisions deviennent beaucoup plus concrètes.
Pour devenir PM chez Meta, peut-être qu’un certain master augmente tes chances. Peut-être qu’il vaut mieux passer d’abord par une startup. Développer une compétence particulière. Trouver un mentor. Rencontrer davantage de personnes dans l’industrie. Chaque choix devient un moyen de déplacer les probabilités en ta faveur.
Mais il faut regarder chaque décision dans son ensemble. D’abord, son coût d’opportunité.
Si ton entreprise dépense 20 000 € pour défendre une marque, la question n’est pas seulement « est-ce que défendre cette marque vaut 20 000 € ? », mais « parmi toutes les utilisations possibles de ces 20 000 €, laquelle augmente le plus mes chances d’atteindre mon objectif ? »
Défendre la marque ? Faire du marketing ? Produire davantage ? Garder de la trésorerie ? Chaque oui signifie forcément un non ailleurs.
Ensuite, il faut regarder ce que la décision ouvre pour la suite. Une career fair ne t’apporte peut-être rien aujourd’hui. Mais elle peut créer une rencontre, qui crée une opportunité, qui change ta trajectoire deux ans plus tard.
C’est pourquoi, à bénéfice immédiat comparable : privilégie le choix qui augmente le plus tes options futures. C’est ce que Shane Parrish appelle améliorer sa position : plus tu as de compétences, de relations, de ressources et d’options, plus tes prochaines décisions deviennent faciles.
Et parfois, la meilleure manière d’augmenter tes chances est simplement d’agir. Paul Graham explique qu’on ne peut pas toujours réfléchir jusqu’à trouver la bonne direction, parce que certaines informations n’existent qu’après avoir essayé.
Tu hésites entre la finance et la tech ? Tu peux réfléchir pendant six mois. Ou tester l’une des deux. Si ça te plaît, tu continues. Sinon, tu viens d’obtenir une information que tu n’aurais jamais pu obtenir uniquement en réfléchissant.
Donc, lorsqu’une décision est réversible, l’action peut être plus rationnelle que la réflexion infinie. Certaines réponses n’apparaissent qu’après avoir agi. Et tu peux alors te poser une autre question :
Qu’est-ce que je risque le plus de regretter : avoir essayé, ou ne jamais avoir su ?
Enfin, une fois que tu as agi, le résultat devient une nouvelle information. Mais attention : ne juge pas automatiquement ta décision à partir de ce résultat. Si ça échoue, demande-toi : « avec les informations que j’avais à ce moment-là, est-ce que j’avais pris la meilleure décision possible ? »
Si oui, tu es peut-être simplement tombé du mauvais côté des probabilités. Si non, identifie ce que tu avais mal évalué. Puis mets ton raisonnement à jour.
Finalement, prendre de meilleures décisions peut presque devenir une boucle :
Quel est mon objectif ?
↓
Quelles sont mes chances aujourd’hui ?
↓
Qu’est-ce qui peut augmenter ces chances ?
↓
J’agis. J’observe. J’apprends.
↓
Je réévalue mes probabilités.Le but n’est donc pas de devenir certain de ses décisions. C’est de savoir quel jeu on veut jouer, puis de prendre, encore et encore, les décisions qui mettent progressivement les probabilités de notre côté.
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